António Guterres, plutôt «général» que «secrétaire» de l’ONU?

António Guterres prête serment ce lundi 12 décembre devant les représentants des 193 Etats membres des Nations unies, un moment important avant sa prise de fonction le 1er janvier prochain. Il deviendra le neuvième secrétaire général de l’ONU. Son prédécesseur, Ban Ki-moon, achève un deuxième mandat de cinq ans à la tête de l’organisation sur un bilan très mitigé, un constat d’impuissance notamment face à la crise syrienne. Autant dire que les attentes sont énormes à l’arrivée de l’ancien Premier ministre portugais Guterres. La question est de savoir s’il pourra faire plus pour l’ONU et pour la paix dans le monde que ses prédécesseurs.

Le cœur de la machine onusienne, sa capacité à maintenir ou rétablir la paix et la sécurité semblent mis à mal depuis des années par le blocage du Conseil de sécurité de l’ONU. La marge de manœuvre du secrétaire général est étroite face aux cinq membres permanents dotés du droit de veto.

Avec l’arrivée d’António Guterres à la tête de l’organisation, se pose la question de l’influence qu’il pourra exercer sur les protagonistes, singulièrement les Etats-Unis, dotés d’une nouvelle administration, et la Russie.

Ban Ki-moon, lors de sa prestation de serment en 2006, affirmait déjà lui-même : « Les Etats membres ont besoin d’un secrétariat dynamique et courageux, et non d’un secrétariat timoré. »

L’homme de la situation, dans un contexte nouveau

Mais l’exercice n’est pas facile, comme le souligne le diplomate Jean-Marc de La Sablière, représentant permanent de la France à l’ONU entre 2002 et 2007. Ceux qui impriment leur marque dans l’histoire, sont davantage les « généraux » que les « secrétaires », indique le diplomate, faisant référence à Javier Pérez De Cuéllar, cinquième secrétaire général de l’ONU (1982-1991).

L’organisation serait plutôt en mal de « leadership ». Et d’espérer que le nouveau secrétaire général, du fait de son charisme et de son expérience de terrain, sache trouver les moyens « d’inciter les permanents » à travailler ensemble sur les dossiers de la Syrie et du Moyen-Orient.

« Il reste que pour exercer cette fonction, ajoute néanmoins l’ambassadeur Jean-Marc de La Sablière, le secrétaire général doit bien s’entendre avec les membres permanents. » Boutros Boutros-Ghali avait vu le renouvellement de son mandat empêché par les Américains avec lesquels les relations étaient devenues de plus en plus tendues.

Le nouveau secrétaire général devra donc trouver les moyens de rapprocher Américains et Russes, sachant que, des deux côtés, l’imprévisibilité est devenue la norme.

Une légitimité retrouvée à l’issue d’une élection transparente

Alexandra Novosseloff, chercheuse au Centre pour la coopération internationale, estime pour sa part qu’António Guterres prend ses fonctions avec un certain nombre d’atouts en main, notamment du fait du caractère inédit du processus qui a vu sa candidature couronnée de succès.

Elle note : « Il arrive à ce poste avec une sorte d’aura, aussi bien parmi les représentants des Etats membres qu’au sein même de la structure. Tout le personnel des Nations unies est quand même extrêmement content que ce soit la personne la plus compétente qui ait gagné cette élection. »

De fait, les audiences publiques des différents candidats ont permis à António Guterres de s’imposer face à d’autres candidatures, dont certaines appuyées par les membres les plus influents de l’organisation. Le caractère transparent du processus avait quelque chose d’inédit. Les secrétaires généraux étant jusque-là désignés à l’issue de pourparlers et de tractations en coulisses, totalement soumis aux rapports de forces en vigueur au sein du Conseil de sécurité.

Une nomination qui suscite des attentes

Les conditions dans lesquelles l’élection s’est tenue, sans recours au droit de veto, pourraient avoir un impact favorable sur la mise en œuvre de réformes au sein de l’organisation. Elles suscitent d’ores et déjà des attentes importantes dans la société civile et le monde des travailleurs humanitaires.

Dix ans à sillonner la planète et ses zones de crises pour les programmes du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ont donné à António Guterres une connaissance du terrain et des besoins en matière d’aide humanitaire et de développement.

C’est ce que note par exemple le directeur général d’ONUSIDA, Michel Sidibé : « Guterres est un homme de justice sociale, affirme-t-il, après avoir travaillé huit ans à ses côtés. Il va se battre pour qu’il y ait une démocratisation, un accès plus large aux ressources pour les ONG, pour les structures intermédiaires, parce qu’on ne peut plus garder le même type de gouvernance au sein du système des Nations unies. Il faut que l’on s’ouvre beaucoup plus sur les ONG et sur le secteur privé. »

Michel Sidibé tire la sonnette d’alarme pour mobiliser contre les grandes pandémies, telles que le sida. Tous les secrétaires généraux ont plaidé pour une mise en avant de la société civile. Elle doit être en première ligne, disait déjà Boutros Boutros-Ghali. L’avenir dira si, avec António Guterres, les discours sont suivis d’effets.

Cette article etait publié par RFI en 10 Décembre 2016

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Dec 12, 2016
Alexandra Novosseloff
United Nations